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Idomeneo | Paris | Théâtre des Champs-Élysées | 15/06/2011 |
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Jérémie Rhorer (dm) Stéphane Braunschweig (ms, sc) Thibault Vancraenenbroeck (c) Marion Hewlett (l) |
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![]() photo © Alvaro Yañez Idomeneo est un opéra désormais très présent sur les scènes. Aboutissement ultime du genre opera seria, on y entend déjà non seulement tous les procédés dramatiques de Don Giovanni, mais aussi bien des motifs rossiniens. Ce jeu "physique", "ressenti" fonctionne plus ou moins bien, n'étant pas forcément adapté au tempérament naturel de chacun, ni à chaque personnage. On peut regretter son utilisation un peu trop visible et systématique. Le même jeu vulgaire d'Elettra se caressant les cuisses telle une Julia Migenes en Carmen est repris de manière bien insistante à chacune de ses scènes. Bon, on a compris que c'est une hystérique frustrée, pas la peine d'en rajouter! On craint le pire quand elle s'empare du sabre d'Idamante à la fin de l'oeuvre, mais elle se contente sagement de le tenir devant elle en succédané de taille de ce qui lui fait défaut selon les normes freudiennes. Comme Luc Bondy, Stéphane Braunschweig excelle cependant à rendre crédible la présence de ses personnages sur scène, ce qui n'est jamais évident dans un opera seria. Il est vrai que Mozart lui facilite la tâche en enchaînant récits et airs ou choeurs avec une fluidité musicale et une intelligence dramatique stupéfiantes. Au-delà de belles couleurs orchestrales, Jérémie Rhorer met parfaitement en évidence ces qualités structurelles. Ses tempi sont justes et ne sont parfois plombés que par quelques lourdeurs instrumentales ou décalages avec le plateau. Le dispositif "scénographique" induit d'ailleurs d'amusants mais perturbants décalages et quasi échos, surtout quand le choeur divisé chante tout contre les parois verticales qui divisent elles aussi la scène. La richesse polyphonique de l'écriture chorale en ressort encore davantage. Les voix claires et bien différenciées du choeur Les Éléments concourent aussi à cette lisibilité, à l'opposé de tout fondu "romantique". Les solistes du choeur sont d'ailleurs excellents. La distribution soliste est dominée par Sophie Karthäuser. Ayant bien intégré le travail d'acteur réalisé avec Stéphane Braunschweig, elle est juste dramatiquement et bien incarnée vocalement. Sa respiration haute est ici adaptée à son personage. Fragile d'apparence, elle est en réalité très efficace par son phrasé et par sa production vocale jamais forcée. Elle touche le plus possible en en faisant le moins possible. Richard Croft caractérise bien le monarque vieillissant accablé par le "destin", un peu comme Alastair Miles en Saul de Haendel. Il gère très professionnellement sa voix pour transformer ses faiblesses en choix d'interprétation. Contrairement à Anthony Rolfe Johnson à la Bastille en 1996, il se sort bien de son air "Fuor del mar". Comme Ilia, il "émotionne" beaucoup et traduit par des raideurs du corps et un "expressionnisme" du visage les demandes du metteur en scène. Si la piétaille est vêtue "fripes", les dignitaires du régime sont en costume cravate, ce qui doit parler aux mécènes (et grands utilisateurs de téléphones mobiles) présents dans la salle. Quel symbolisme poignant quand Idoménée abdique en retirant sa cravate! On croit qu'il va aller jusqu'à défaire un bouton de sa chemise, mais non, la décence le retient heureusement! Dans le programme de salle, Jérémie Rhorer revendique le choix de la distribution vocale. S'il donne à juste titre de l'importance à l'équilibre entre les voix, il devrait cependant veiller davantage à leurs qualités intrinsèques et à leur adéquation avec les rôles. En l'absence de ces qualités, sa version n'est intéressante qu'orchestralement. À voir jusqu'au 22 juin au Théâtre des Champs-Élysées. Alain Zürcher |
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